Nécessité de la négociation

Historique des négociations

Le milieu environnant

· Un territoire urbanisé
· Les milieux régionaux
· Des retombées positives
· Une population mieux informée

Nécessité de la négociation

Les Premières Nations ont plus ou moins le choix de négocier quand on prend en considération leurs droits et intérêts. Leurs territoires de réserves sont pour la plupart très exigus et ils ne leur appartiennent pas à eux mais à la Couronne du Canada ou du Québec. L’autorité sur les territoires de réserve et sur la vie de la communauté relève toujours de la compétence fédérale au sens de la Constitution canadienne de 1867. Même si plusieurs responsabilités ont été dévolues aux conseils de bande dans les récentes années, l’essentiel des décisions et du financement des conseils de bande provient du gouvernement fédéral. Dans le contexte du traité à intervenir, les principaux leviers de décisions ainsi que le financement des services aux collectivités passeront dorénavant par la responsabilité des gouvernements des Premières Nations et leur imputabilité.

Les communautés comptent des populations très jeunes et en croissance rapide; l’avenir de ces jeunes exige le développement d’entreprises et la création d’emplois dans des délais rapprochés. La société innue subit des changements culturels et de mode de vie rapides de sorte que de nombreux problèmes d’adaptation y sont corollaires, taux de suicide important chez les jeunes, disfonctionnement familial et social, violence, désoeuvrement, alcoolisme, toxicomanie, diabète, obésité, etc.

Au cours des ans, les Innus ont été progressivement dépossédés de leurs territoires traditionnels de chasse, de pêche, de piégeage et d’un ensemble d’activités appelées Innu Aitun. Les coupes de bois sur de grandes surfaces, l’implantation des clubs privés et des pourvoiries, la construction de grands ouvrages sur les plans d’eau, les interventions de l’État sur le territoire et la baisse des prix des fourrures ont fait en sorte de marginaliser de plus en plus le mode de vie traditionnelle et l’économie des Innus.

Les droits et intérêts des Innus se doivent d’être mieux protégés et ce dans les meilleurs délais, car le développement croissant du territoire et de la législation ainsi que l’exploitation des ressources naturelles font en sorte d’accentuer ce mouvement de dépossession et de marginalisation.

Le futur traité conciliera les intérêts constitutionnels légitimes du peuple innu et de la Couronne comme cela a été maintes fois recommandé par les tribunaux. Dorénavant, chaque collectivité innue pourra exercer des droits reconnus, confirmés et protégés par le traité à finaliser et se voir reconnaître sa culture distinctive.

Les Premières Nations de Mamuitun mak Nutashkuan ont opté pour la voie de la négociation plutôt que la voie juridique qui nous ramènerait inévitablement à la négociation et ce, après avoir investi énormément de temps et d'argent. De plus, la négociation fait appel à des valeurs fondamentales pour les Innus, à savoir le respect et la confiance mutuels.

L'intention des Premières Nations est manifestement d'en arriver à un règlement acceptable pour toutes les parties et particulièrement pour les Innus que nous représentons. En privilégiant la négociation, les Innus posent une action responsable et raisonnable.

Cependant, notre situation socio-économique (variables et conditions socio-économiques nettement inférieures à nos voisins québécois et canadiens) ne peut être davantage tolérée par notre Peuple. Notre taux d’assistance sociale, notre taux de chômage, notre taux de suicide, le plus haut au monde, notre taux d’analphabétisme, conjugués à notre croissance démographique fulgurante nous interpellent particulièrement pour donner un meilleur devenir à notre jeunesse, notre capital le plus précieux.

À cet égard, même si nous devons respecter le rythme de chacune des parties à la table de négociation, il y a urgence d'agir. Les Innus ne peuvent continuer d'évoluer dans un monde où les problèmes économiques et sociaux ralentissent leur épanouissement et leur développement.

La dépendance étatique et systémique de notre Peuple par rapport à un autre Peuple n’est pas acceptable ni pour l’un, ni pour l’autre. Le maintien du statu quo ne ferait que maintenir cette situation déplorable.

Notre participation à la gestion du territoire, des ressources naturelles et de l'environnement sur Nitassinan (notre territoire ancestral) est nécessaire. La gestion et l'exploitation du territoire et des ressources naturelles doit bénéficier aux Innus comme à l'ensemble des habitants. D'autant plus que notre savoir millénaire permet de compléter le savoir scientifique et ce, au bénéfice de l'ensemble des utilisateurs du territoire.

Le statu quo ne permet pas la protection et la promotion de notre culture, de notre langue, de notre mode de vie, de nos coutumes, de notre spiritualité, et enfin de notre statut de Peuple et de Nation distinct. Selon les Innus une entente négociée permettrait d'atteindre ces objectifs de protection et de promotion.

Le Traité fournira à notre jeunesse les outils nécessaires en vue de rencontrer ce double défi qu'elle doit relever, soit celui de la préservation de sa langue, sa culture, son mode de vie etc…et celui de la formation, de la scolarisation, de l’emploi, enfin, tout ce qui est nécessaire pour un meilleur avenir en tant qu'Innu.

La voie de la négociation représente la voie la plus honorable pour en arriver à un règlement. Une entente négociée dans l’honneur et la bonne foi signifie que les parties ont une véritable volonté de régler.

Notre volonté mutuelle de coexister de façon harmonieuse et pacifique se confirmerait pleinement dans l'Entente négociée. À cet égard, même les tribunaux font appel à la responsabilité politique pour la négociation des accords territoriaux et globaux.

Un règlement négocié dans l’honneur et la bonne foi nous permettra de recouvrer l’espoir, la fierté, la dignité, la valorisation et l’autonomie.

La Loi sur les Indiens et l’avènement des réserves ont contribués à instaurer une forme de dépendance étatique. La tutelle fédérale doit être levée sans pour autant nier la responsabilité fiduciaire du Canada.

La marche des Innus de Mamuitun mak Nutashkuan vers l’autonomie politique est un processus progressif et irréversible. Un des élément important de ce règlement négocié est que les Premières Nations de Mamuitun mak Nutashkuan cheminent vers leurs auto-suffisance économique et financière.

La voie de la négociation devrait nous permettre de recouvrer le niveau et l’état de nos relations historiques. En effet, un règlement négocié selon les principes de Nation à Nation, de Peuple à Peuple, de gouvernement à gouvernement confirmera le niveau de nos relations historiques, tel le Traité de 1603, entre autres, basé, sur la reconnaissance de nos souverainetés respectives, sur le respect, sur le partage et sur l’entraide, trois des valeurs traditionnelles innues.

La voie de la négociation représente, à notre avis, le meilleur véhicule pour concilier les droits ancestraux, y compris le titre aborigène des Innus avec la certitude juridique recherchée par les gouvernements.

L’inquiétude et l’hésitation d’investisseurs et de capitaux potentiels sur Nitassinan sera dorénavant remplacé par la confiance et la certitude que leurs investissements et l’apport de capitaux ne sera pas contestée juridiquement, ce qui représente un gage de succès et de réussite pour le développement économique du Québec et des régions concernées.



Historique des négociations

Le Conseil des Atikamekw et des Montagnais (CAM) a été créé en 1975 pour défendre les droits des Atikamekw et des Innus sur leur territoire. Cette corporation regroupait le tiers des Autochtones du Québec. Le CAM était constitué de trois blocs : le « Bloc Atikamekw », composé des Premières Nations de Weymontachie, Manawan et Opitciwan, le « Bloc centre » qui regroupe les Premières Nations de Mashteuiatsh, d’Essipit, de Betsiamites de Uashat mak Mani Utenam et de Matimekush/Lake John et le « Bloc Basse Côte-Nord » qui regroupe les communautés de Ekuanishit (Mingan), Nutashkuan (Natashquan), Unamen Shipu (La Romaine) et Pakua Shipi (St-Augustin).

Au tout début de son mandat, le CAM a dû défendre devant le Comité permanent des Affaires indiennes et du développement du nord canadien, les droits des Atikamekw et des Montagnais (Innus) contre l’application de la Convention de la Baie James et du Nord québécois. En effet, la Loi C-9 sur le règlement des revendications des Cris et des Inuit, prévoyait l’extinction unilatérale et sans compensation des droits des tiers qui occupaient des territoires touchés par le règlement. C’était notamment le cas pour les Atikamekw et pour les Innus. Le territoire ancestral de la Première Nation de Matimekush/Lac John fut affecté par la Convention, leurs droits ayant été unilatéralement éteints sans que les Innus aient droit au chapitre. Malgré cette opposition, exprimée par le CAM, la Convention de la Baie James et du Nord québécois a été signée. Les Innus de Matimekush/Lac John refusèrent de négocier seuls privilégiant une négociation avec l’ensemble de la nation innue.

Les douze chefs atikamekw et montagnais demandèrent un mandat clair à leur population afin de conduire une négociation territoriale globale avec le Canada et le Québec. En 1978, le CAM déposait au gouvernement du Québec et au gouvernement du Canada une déclaration de principes sur les droits fondamentaux et territoriaux des Atikamekw et des Montagnais. Ce document intitulé Nishastanan Nitasinan, Notre terre nous l’aimons et nous y tenons, était une déclaration de principe sur les questions territoriales, économiques, sociales et culturelles. Les onze principes suivants constituaient donc la base de la négociation des Atikamekw et des Montagnais.

1. En tant que peuples culturellement autonomes avant l’arrivée des Européens, nous nous reconnaissons comme peuples ayant droit de disposer d’eux-mêmes;

2. En tant que peuples autochtones, descendants des premiers habitants des territoires situés à l’est de la péninsule Québec-Labrador, nous exigeons que nos droits de souveraineté soient reconnus sur ces terres;

3. Nous refusons que l’extinction définitive de ces droits deviennent une condition préalable à toute entente avec les gouvernements de la société dominante;

4. Nous exigeons des dédommagements pour toutes les violations passées et actuelles de nos droits territoriaux;

5. Nous nous opposons à tout nouveau projet d’exploitation des ressources de nos territoires par les membres de la société dominante tant et aussi longtemps que nos droits n’auront pas été reconnus;

6. Nous contrôlerons à l’avenir l’exploitation de nos terres et de leurs ressources;

7. Nous assumerons le développement des ressources renouvelables et non-renouvelables de nos terres;

8. Nous voulons que l’assise économique que nous fournira le contrôle de l’exploitation de nos terres assure notre bien-être économique social et culturel pour les générations à venir comme c’était le cas avant que nous soyons envahis par les commerçants, les colons et les entreprises industrielles;

9. Nous prendrons en main notre développement à tout point de vue pour ne plus le laisser entre les mains de membres de la société dominante;

10. Nous orientons notre développement en fonction de nos valeurs et de nos traditions léguées par nos ancêtres et qui ont été développées pendant des millénaires en harmonie avec notre environnement naturel et social;

11. Nous exigeons, à l’avenir de traiter d’égal à égal avec les gouvernements de la société dominante et non plus être considérés comme des peuples inférieurs.

Les gouvernements du Canada et du Québec répondirent à ces onze principes et les parties convinrent d’entreprendre une négociation qui débuta officiellement en 1982. Le Ministère des Affaires indiennes et du Nord consentit à l’organisme un prêt sans intérêt pour permettre la négociation jusqu’à la conclusion de l’Entente de principe. Dans la foulée du début de ces négociations, le Premier ministre du Québec, M. René Lévesque, déclara, lors d’une entrevue à l’émission Le Point à Radio-Canada, que l’extinction des droits n’était pas une condition préalable à toute entente.

Dès 1981, le CAM entreprit une vaste recherche sur l’occupation et l’utilisation du territoire. Cette recherche qui se poursuivi sur quatre ans, venait répondre à un impératif de la politique fédérale de revendication territoriale globale qui exigeait que le groupe concerné prouve qu’il avait occupé de façon continue le territoire sur lequel il prétendait avoir des droits ancestraux depuis des temps immémoriaux. Les Atikamekw et les Montagnais devaient établir l'occupation et l'utilisation de ces terres. Cette démonstration a été faite à la satisfaction des gouvernements par les études anthropologiques déposées par les Atikamekw et les Montagnais.

En 1983, les équipes de négociations entreprenaient une tournée sur les territoires des Atikamekw et des Montagnais. Cette tournée permit aux négociateurs des gouvernements du Québec et du Canada de mieux comprendre la relation que les Atikamekw et les Montagnais entretenaient avec leur territoire. Ces derniers refusaient d’être délogés et exigeaient d’exercer un contrôle, une forme de juridiction sur les activités pratiquées sur leur territoire.

Cependant, même si les négociations étaient en cours, les développements se poursuivaient sur les territoires dont elles faisaient l’objet. Le CAM eut donc à traiter avec les gouvernements du Québec et du Canada plusieurs dossiers ponctuels apportés par les Premières Nations soucieuses d’agir le plus tôt possible pour protéger leurs droits. Cette situation représentait autant d’obstacles à une négociation de toutes les Premières Nations sous l’égide d’un seul regroupement, puisque la situation géo-politique et le développement s’avéraient très différents d’une Première Nation à l’autre.

En 1983, le CAM présenta un mémoire à une commission parlementaire de l’Assemblée nationale qui se penchait sur les droits et les besoins fondamentaux des Amérindiens et des Inuit du Québec. Le CAM réagit également à un projet du gouvernement du Québec sur la faune et la flore et présenta un mémoire au Bureau des audiences publiques sur l’environnement sur le projet de centrale hydro-électrique au Lac Robertson, sur la Basse Côte-Nord.

Le CAM agissait donc à titre de porte-paroles des Premières Nations pour l’ensemble des dossiers qui avaient un lien avec la négociation globale, mais les disparités géo-politiques rendaient la concertation difficile et les Premières Nations s’inquiétaient de voir leurs dossiers défendus par un organisme central qui avait à conjuguer avec les particularités de chacune des Nations atikamekw et innue et des Premières Nations.

Progressivement les conseils des premières nations ont repris les différents dossiers particulièrement ceux qui touchaient au développement du territoire. De plus, les différents organismes administratifs constitués par chacun des blocs, étaient mis en place et rapatriaient certains dossiers de l’organisme central. Peu à peu les bandes ont développé des bureaux politiques, des équipes de négociation se sont mises en place. En 1982, les Atikamekw avaient fondé un organisme administratif et professionnel pour les trois Premières Nations atikamekw. Atikamekw sipi donnera naissance quelques années plus tard à un organisme politique et administratif : Le Conseil de la Nation atikamekw. Les Premières Nations innues de la Basse Côte-Nord formeront, quant à eux, Mammit Innuat en 1988. Les Premières Nations du centre, Matimekush – Lac John, Betsiamites, Essipit et Mashteuiatsh formèrent le Conseil tribal Mamuitun. La viabilité de l’organisme responsable des négociations des Atikamekw et des Montagnais, le CAM était de plus en plus fragile, malgré l’Entente de solidarité signée lors de sa formation entre les nations atikamekw et montagnaise, et malgré qu’en 1986, une nouvelle structure de négociation ait été mise en place et qu’une autre entente de solidarité fut signée entre les Premières Nations innue pour la suite de la négociation .

En 1986, le CAM présenta de nouveau un mémoire à une Commission parlementaire de l’Assemblée nationale du Québec, concernant la Loi sur les terres du domaine public. Entre-temps, les Atikamekw et les Innus tenaient des états généraux où les populations se sont exprimées de nouveau clairement sur leurs attentes des négociations : le territoire, l’autonomie gouvernementale, la culture, la langue, la gestion des terres et des ressources, le développement économique, les modes de financement, les indemnités etc... Les objectifs de la négociation s’exprimaient clairement : les Innus voulaient dorénavant jouer un rôle actif dans la planification et la gestion de leur territoire. Ils voulaient que soient reconnus leurs droits ancestraux. Les participants dénoncèrent de nouveau les développements qui se poursuivaient sur leur territoire, comme s’il n’y avait pas de négociation.

Le CAM fit des représentations sur les dossiers suivants : Le projet de centrale hydro-électrique sur la rivière Ste-Marguerite, les vols à basse altitude au-dessus de la Basse Côte-Nord et du Labrador, l’exploitation forestière, les barrages hydro-électriques, l’épandage aérien de phytocide, les activités militaires, la gestion de la pêche, la gestion du Parc de l’Archipel de Mingan, les rivières à saumon etc. Le CAM consacrait beaucoup de temps et d’argent à défendre plusieurs dossiers toujours reliés à la négociation territoriale mais cette dernière n’aboutissait toujours pas. Même si le front commun semblait toujours nécessaire pour faire avancer la négociation, l’organisme était de plus en plus remis en question. Malgré tout, le CAM signait, en 1988, une entente cadre avec les gouvernements du Canada et du Québec.

Cette entente comprenait le plan de travail pour la négociation, les étapes à franchir et le processus. Les sujets à négocier y sont énumérés : le territoire, le gouvernement responsable indien, les activités traditionnelles de chasse, de pêche, de piégeage et de cueillette; les indemnisations; l’admissibilité aux bénéfices; l’approbation et la ratification des diverses ententes; les mécanismes de mise en œuvre; les mécanismes décisionnels pour la résolution des conflits de l’entente finale et les mécanismes d’amendement de l’entente. Un échéancier prévoyait que les parties devaient conclure une entente de principe au plus tard le 30 avril 1990 et une entente finale avant le 30 avril 1991.

Une nouvelle stratégie commune de négociation fut mise en place dans le but de permettre au CAM et aux bandes de se concerter afin que la négociation globale et les négociations parallèles ne viennent pas nuire au déroulement de la négociation territoriale globale.

En avril 1989, les parties à la négociation signèrent une entente sur les mesures provisoires. Elle devait permettre aux Atikamekw et aux Montagnais de participer aux études préliminaires et à la réalisation de différents projets de développement sur leur territoire. Les Premières Nations constatèrent rapidement que cette entente ne leur permettait pas d’intervenir efficacement sur les projets de développement, malgré que des mécanismes de consultation aient été prévus en particulier pour l’exploitation forestière, la villégiature et la conservation de la faune.

Au cours des années 1989 et 1990, les Atikamekw et les Innus déposèrent séparément au Québec et au Canada, de nouvelles propositions sur le territoire et l’autonomie gouvernementale. Les problèmes latents de l’organisme responsable de la négociation quant à sa représentativité et à la priorité de ses dossiers refont surface malgré la volonté de solidarité pour assurer une position forte. Une nouvelle crise politique éclate au sein de l’organisme. Une nouvelle équipe de négociation est mise en place. Les Atikamekw tentèrent alors de se retirer pour négocier séparément mais la politique fédérale ne permettait que six négociations à la fois et les Atikamekw risquaient d’attendre plusieurs années avant que leur négociation reprenne.

Entre 1991 et 1994, les parties s’échangèrent des propositions. Pour les Atikamekw comme pour les Innus, les gouvernements devaient abandonner la volonté d’inclure une clause d’extinction de leurs droits dans l’Accord final. En 1992, l’exécutif du CAM rencontre le Premier ministre du Québec, M. Robert Bourassa, afin de lui demander de nommer un négociateur plénipotentiaire. Ce dernier proposa une accélération de la négociation et un nouvel échéancier. Le représentant du gouvernement du Québec proposa également une nouvelle structure avec une table centrale et des tables techniques exploratoires sur le territoire, l’autonomie gouvernementale et le développement économique. En 1994, un rapport synthèse est discuté et élaboré par les négociateurs du CAM, du Canada et du Québec. La même année, le gouvernement du Québec dépose une proposition d’Entente de principe. La proposition est rejetée par les Atikamekw et les Innus. Face à toutes ses difficultés, le CAM est aboli en décembre 1994.

Entre 1994 et 1996, les organismes administratifs et politiques des Premières Nations reprennent séparément le dossier des négociations. En 1997, le Conseil tribal Mamuitun, regroupant les Premières Nations de Betsiamites, d’Essipit, de Mashteuiatsh et de Uashat mak Mani Utenam dépose une nouvelle proposition d’Entente de principe issue d’une vaste consultation dans leur communauté respective. La même année, les chefs des Premières Nations innues de Mashteuiatsh, Betsiamites, Essipit et Uashat mak Mani Utenam réitèrent leur volonté commune de continuer à travailler ensemble et d’arriver à une entente de principe sur la base d’un tronc commun pour les quatre communautés. Les chefs des Premières Nations concernées s’engageraient ainsi à faire tous les efforts voulus pour viser la conclusion d’une entente de principe avec les gouvernements.

En 1998, suite à l’élection d’un nouveau conseil à Uashat mak Mani Utenam, ce dernier décide de se retirer temporairement de la négociation afin de consulter sa population et d’effectuer une grande recherche sur l’occupation de leur territoire.

En 1999, le Conseil tribal Mamuitun dépose un mémoire à la consultation publique du BAPE sur la gestion de l’eau au Québec. Le Conseil participe également aux consultations publiques sur la gestion des forêts, les aires protégées, les abris sommaires et aux exercices de planification territoriale avec l’objectif d’une participation réelle à la gestion du territoire, des ressources naturelles et de l’environnement.

Le Conseil tribal Mamuitun, regroupant pour fin de négociation les Premières Nations de Betsiamites, d’Essipit, et de Mashteuiatsh poursuit les négociations avec le Canada et le Québec. Après le dépôt de la proposition du Conseil tribal Mamuitun sur le régime territorial, les mêmes divergences majeures qui se sont manifestées tout au cours de la négociation sont toujours aussi présentes. Un nouveau négociateur est nommé par le gouvernement du Québec. M. Louis Bernard propose une structure allégée de la Table centrale de négociation.

En juillet 2000, le Conseil tribal Mamuitun et les gouvernements du Québec et du Canada s’entendent sur une approche commune qui servira de base à la négociation des Premières nations de Betsiamites, d’Essipit et de Mashteuiatsh avec les gouvernements. D’abord convenu entre les négociateurs, les conseils de Premières Nations et les gouvernements du Québec et du Canada acceptent par la suite que ce document, qui précise les paramètres à l’intérieur desquels se poursuivra la négociation, marque une étape et ils s’engagent à fournir tous les efforts pour permettre d’arriver à l’Entente de principe dans les meilleurs délais. La Première Nation de Nutashkuan se joindra à cette négociation en novembre 2000. Parallèlement, l’Assemblée Mamu Pakatatau Mamit poursuit les négociations pour les Premières Nations d’Ekunanitshit, d’Unamen Shipu et de Pakua Shipi sans avoir adhéré à l’«Approche commune».

Les gouvernements ayant accepté de négocier sur cette nouvelle base, sans exiger l’extinction, l’échange ou l’abandon des droits ancestraux, un comité de juristes externes est mis en place afin d’analyser les questions liées à la reconnaissance expresse du titre aborigène et des droits ancestraux dont le droit inhérent à l’autonomie gouvernementale, y compris son caractère général, donnant ainsi suite à la volonté des parties exprimée dans l'Approche commune.

En avril 2002, les négociateurs du Québec et du Conseil tribal Mamuitun mak Nutashkuan paraphent une proposition d’Entente de principe d’ordre général qui propose entre autre de reconnaître les droits ancestraux, y compris le titre aborigène des Innus. Ces droits auront les effets et s’exerceront selon les modalités prévues par le Traité sur Nitassinan et, lorsque le Traité le prévoit, à l’extérieur de Nitassinan. Le Conseil tribal Mamuitun complète une tournée d'information pour l'Entente de principe d'ordre général dans les communautés qu'il représente. Le négociateur du gouvernement du Canada paraphe la proposition d’Entente de principe d’ordre général, en juin 2002. L'Entente de principe est rendue publique en juillet 2002 par les trois (3) négociateurs.

Cette proposition augure un traité de nouvelle génération puisqu’il s’appuie sur la reconnaissance des droits ancestraux, y compris le titre aborigène, au lieu de l’extinction, l’échange ou l’abandon.

Des questionnements et des inquiétudes sont soulevés par les régions les plus concernées, soit, le Saguenay-Lac-St-Jean et la Côte-Nord. Le gouvernement du Québec annonce à l'automne 2002, la tenue d'une Commission parlementaire.

En septembre 2002, le Conseil tribal Mamuitun et l’Assemblée Mamu Pakatatau Mammit (AMPM) acceptent de tenir des séances de travail conjointes, même si l’AMPM n’a toujours pas paraphé une entente de principe. Les Premières Nations de Matimekush/Lac John et de Uashat mak Mani Utenam ne participent toujours pas à la négociation.



Le milieu environnant


Le contexte dans lequel se situe la négociation d’un Traité avec les Premières Nations innues de Mamuitun mak Nutashkuan est particulier. Pour la plupart de celles-ci, la négociation concerne des territoires urbanisés et fortement occupés et fréquentés, contrairement à toutes les négociations précédentes au Canada ayant abouti à la signature d’un Traité. En effet, les territoires concernés étaient plutôt localisés dans des endroits éloignés des populations urbaines et des centres de développement.

À titre d’exemple, récemment, le 4 septembre 2002, un accord final sur les revendications territoriales globales est intervenu entre les négociateurs des gouvernements fédéral et territorial et de la Première Nation Tlicho (Dogrib). Cette Première Nation occupe une partie des Territoires du Nord-Ouest, un territoire éloigné et peu peuplé. L’entente ratifiée la plus récente à avoir été conclue au Canada est le Traité Nisga’a en 1999. Il implique la Nation Nisga’a, le gouvernement de Colombie-Britannique et le gouvernement du Canada, et son territoire d’application est situé dans la partie nord de la province de Colombie-Britannique. Encore ici, on ne peut parler de territoire urbanisé et développé. Au Québec, la Convention de la Baie James et du Nord Québécois de 1975 ainsi que la Convention du Nord-Est Québécois de 1978 portent également sur des territoires éloignés et relativement épargnés par le développement.

Ces situations font en sorte que la pratique des activités des autochtones prévues dans ces ententes est moins susceptible de créer de préoccupations dans les populations non autochtones, celles-ci y étant présentes en petit nombre et y détenant moins de droits et d’intérêts.

Le territoire sur lequel porte la négociation des Premières Nations de Mamuitun mak Nutashkuan est en grande partie bien différent de ceux que l’on vient d’énumérer. Trois des quatre Premières Nations concernées, Mashteuiatsh, Essipit et Betsiamites se retrouvent dans des zones peuplées, soit le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la partie ouest de la Côte-Nord. De plus, les territoires ancestraux de ces Premières Nations sont déjà fortement marqués par la présence de villégiateurs et de compagnies y ayant obtenu des droits de toutes sortes par le gouvernement du Québec. Le développement a, depuis bien longtemps, touché ces territoires et implanté ses effets.

Cette situation constitue un défi considérable à relever. Des solutions pratiques et efficaces permettant d’assurer une cohabitation harmonieuse et pacifique sur le territoire ont dû être considérées par les parties dans leur négociation jusqu’à maintenant et devront l’être dans la poursuite du processus. L’importance de concilier les droits des autochtones avec les droits de la Couronne n’a jamais été autant au cœur d’une négociation. En raison de cet état de fait, un Traité avec les Premières Nations de Mamuitun mak Nutashkuan constituera une première au Canada. Pour la première fois, des parties auront réussi à négocier une entente portant sur les droits ancestraux des autochtones, y compris le titre aborigène, en territoire urbanisé.




Un territoire urbanisé

Le contexte dans lequel se situe la négociation d’un Traité avec les Premières Nations innues de Mamuitun mak Nutashkuan est particulier. Pour la plupart de celles-ci, la négociation concerne des territoires urbanisés et fortement occupés et fréquentés, contrairement à toutes les négociations précédentes au Canada ayant abouti à la signature d’un Traité. En effet, les territoires concernés étaient plutôt localisés dans des endroits éloignés des populations urbaines et des centres de développement.

À titre d’exemple, récemment, le 4 septembre 2002, un accord final sur les revendications territoriales globales est intervenu entre les négociateurs des gouvernements fédéral et territorial et de la Première Nation Tlicho (Dogrib). Cette Première Nation occupe une partie des Territoires du Nord-Ouest, un territoire éloigné et peu peuplé. L’entente ratifiée la plus récente à avoir été conclue au Canada est le Traité Nisga’a en 1999. Il implique la Nation Nisga’a, le gouvernement de Colombie-Britannique et le gouvernement du Canada, et son territoire d’application est situé dans la partie nord de la province de Colombie-Britannique. Encore ici, on ne peut parler de territoire urbanisé et développé. Au Québec, la Convention de la Baie James et du Nord Québécois de 1975 ainsi que la Convention du Nord-Est Québécois de 1978 portent également sur des territoires éloignés et relativement épargnés par le développement.

Ces situations font en sorte que la pratique des activités des autochtones prévues dans ces ententes est moins susceptible de créer de préoccupations dans les populations non autochtones, celles-ci y étant présentes en petit nombre et y détenant moins de droits et d’intérêts.

Le territoire sur lequel porte la négociation des Premières Nations de Mamuitun mak Nutashkuan est en grande partie bien différent de ceux que l’on vient d’énumérer. Trois des quatre Premières Nations concernées, Mashteuiatsh, Essipit et Betsiamites se retrouvent dans des zones peuplées, soit le Saguenay-Lac-Saint-Jean et la partie ouest de la Côte-Nord. De plus, les territoires ancestraux de ces Premières Nations sont déjà fortement marqués par la présence de villégiateurs et de compagnies y ayant obtenu des droits de toutes sortes par le gouvernement du Québec. Le développement a, depuis bien longtemps, touché ces territoires et implanté ses effets.

Cette situation constitue un défi considérable à relever. Des solutions pratiques et efficaces permettant d’assurer une cohabitation harmonieuse et pacifique sur le territoire ont dû être considérées par les parties dans leur négociation jusqu’à maintenant et devront l’être dans la poursuite du processus. L’importance de concilier les droits des autochtones avec les droits de la Couronne n’a jamais été autant au cœur d’une négociation. En raison de cet état de fait, un Traité avec les Premières Nations de Mamuitun mak Nutashkuan constituera une première au Canada. Pour la première fois, des parties auront réussi à négocier une entente portant sur les droits ancestraux des autochtones, y compris le titre aborigène, en territoire urbanisé.



Les milieux régionaux

Le développement économique régional dans les territoires fréquentés traditionnellement par les Innus s'est longtemps fait sans même les consulter ni tenir compte de leur réalité. L'industrie forestière, l'exploitation minière, les développements hydroélectriques, la villégiature, l'exploitation des pourvoiries sur Nitassinan et, de ce fait, des ressources fauniques, le tourisme, les entreprises de service et même le secteur public se sont développés longtemps sans jamais obtenir, ni même rechercher, les intrants et l'assentiment de la Nation innue.

Ce développement s'est même parfois effectué au détriment des droits ancestraux et territoriaux des Innus. Dans certains cas, des superficies considérables de territoire utilisé à des fins de subsistance ont été inondées (barrages et réservoirs), des écosystèmes entiers ont été bouleversés (coupes forestières). L'implantation d'entreprises privées et publiques a très peu profité aux Innus. Malgré que leur mode de vie ait été fortement perturbé, les retombées économiques de ce développement ont davantage profité aux entreprises québécoises et aux gouvernements. Les Innus ont donc été pratiquement absents des activités économiques et malheureusement de plus en plus dépendants de l'État. Les Québécois, peu conscients de cette réalité, ont dénoncé cette dépendance.

Longtemps exclues de la concertation et du développement économique régional, les Premières Nations de Mamuitun mak Nutashkuan ont cependant démontré depuis maintenant plusieurs années qu’elles voulaient plutôt en être partie prenante. Et les leaders des populations régionales ont eux aussi compris l’importance de tisser des liens solides avec les Innus. Des exemples de coopération et de collaboration avec le milieu ont vu le jour petit à petit et cela ne peut constituer qu’un atout pour l’avenir.

Par exemple, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, les Innus de Mashteuiatsh siègent au Conseil régional des Élus (CRÉ). Ils entretiennent des relations étroites avec une foule d’intervenants de leur milieu ; les municipalités voisines, les MRC, les corps de police, les services de protection de la jeunesse, les compagnies Abitibi Consolidated, Alcan, Hydro-Québec, l’UQAC, etc. Ils sont aussi impliqués dans divers projets régionaux ; gestion des matières résiduelles, couverture de risques, volet autochtone au zoo de St-Félicien, etc... Dans le cadre du développement de petites centrales hydroélectriques, un partenariat d'affaires a été établi entre Innus et Québécois pour la construction de la mini-centrale Minashtuk à Mistassini.

Sur la Haute Côte-Nord, les Innus d'Essipit sont également impliqués dans les divers organismes régionaux oeuvrant dans le développement économique. Ils ont aussi constitué une première au Québec en convenant d'un partenariat avec la municipalité des Escoumins pour la cogestion de la rivière à saumon Les Escoumins. Un partenariat touristique existe aussi avec la municipalité de Les Bergeronnes au sujet de la Pointe à John, de même qu'avec la ZEC Nordique de Les Escoumins concernant l'accessibilité au territoire.

Un peu plus à l'est, les Innus de Betsiamites participent à différentes activités et/ou conseils d’administration des organismes de concertation et de développement régionaux comme le CRÉ, le CLD, la SADC et la Chambre de commerce de Baie-Comeau. Ils collaborent également à la mise en place d’une Zone de protection marine Manicouagan entre les rivières Manicouagan et Betsiamites en vue de protéger et mettre en valeur le milieu marin et le littoral. Ils sont membres du conseil d'administration du comité ZIP et voient à la préparation d'un colloque à Tadoussac sur le littoral de même qu'à des formations sur les habitats marins et la restauration de dépotoirs abandonnés sur le territoire de la réserve. De plus, ils participent à de nombreuses tables de concertation mises en place par les industriels forestiers en vue de l’élaboration des plans d’aménagement forestier (Boisaco, Kruger, Abitibi-Consolidated, Produits forestiers Labrieville, Coopérative forestière Laterrière, Uniforêt).

Et sur la Basse Côte-Nord, les Innus de Nutashkuan ont pris l'initiative de négocier et conclure une entente de partenariat économique avec les municipalités de Baie-Johan-Beetz, Aguanish et Natashquan relativement au développement des entreprises, la formation de la main-d'œuvre et l'emploi local. Les parties misent sur la concertation et la coopération pour bâtir une relation durable et constructive. Elles acceptent leur spécificité respective et la particularité de leurs cultures, langues, règles de fonctionnement, coutumes, traditions et identités nationales propres. Le projet qui a exigé le plus d'efforts jusqu'à maintenant est le développement forestier et le projet de scierie.

Ces exemples de coopération et de collaboration constituent sans contredit la voie de l’avenir pour les régions où se trouvent les Innus. Ceux-ci doivent avoir la chance de participer activement au développement de leur région mais pour cela, certains outils manquent toujours.



Des retombées positives


Tout le monde convient aujourd’hui que le développement économique et politique ne pourra plus se faire sans toutes les composantes de la population vivant sur ce territoire. Qu'il s'agisse des instances gouvernementales, des Premières Nations, des entreprises privées, des communautés ou des individus, la participation concertée et intégrée de toute la population est devenue essentielle. Elle assure un développement durable répondant aux besoins spécifiques des groupes, tout en satisfaisant aux demandes et aux critères de plus en plus exigeants d'un marché ouvert à l'échelle mondiale.

Les Innus de Mamuitun mak Nutashkuan s’inscrivent dans cette démarche et, par le fait même, doivent y participer activement, autant sur les plans culturel que socio-économique, afin de retirer eux aussi leur profit des initiatives qui permettront au Québec d'évoluer harmonieusement vers un équilibre stable entre l’exploitation et la conservation des ressources régionales. Cette façon de faire assurera le respect des valeurs culturelles et des modes de vie de chacune des composantes de la population.

L'heure n'est plus à la dissension, mais bien à la concertation et au partenariat si l'on désire assurer au Québec et à ses régions une position enviable dans un marché de plus en plus compétitif. L'absence d'ententes satisfaisantes avec les peuples autochtones pourrait même risquer de compromettre le progrès socio-économique souhaité par toute la population.

Pour revenir à ce défi de taille qu'est l'intégration de toutes les forces vives au Québec dans un effort concerté pour un développement harmonieux et juste, les Innus estiment que le peuple québécois se doit de prendre en considération, non seulement les droits, les besoins et les aspirations des Innus, mais aussi leur désir de participer pleinement et de façon positive à l'élaboration de concepts et de principes de gestion, de conservation et d'exploitation des ressources naturelles. Respecter les droits et intérêts des Innus sur Nitassinan et leur savoir millénaire en matière de gestion et de protection du territoire, des ressources naturelles et de l'environnement, doit devenir une sorte de réflexe pour tout développement logique et harmonieux des territoires où l’on vit. Les Innus sont en mesure d’amener une contribution positive à la gestion du territoire, des ressources naturelles et de l’environnement.

Il faut envisager l’avenir avec optimisme. La signature d’un Traité avec les Innus aura des répercussions positives importantes au niveau économique dans les milieux régionaux du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord. Tout le monde en profitera. Cela permettra d’insuffler un élan nouveau au dynamisme des régions ainsi qu’aux relations entre les populations. L’économie des communautés autochtones est loin d’évoluer en vase clos. En investissant et en intégrant leur économie à celle de l’ensemble, dans le respect de sa spécificité, c’est toute une communauté beaucoup plus vaste qui peut en tirer des bénéfices.



Une population mieux informée

Afin que le Traité produise les effets positifs souhaités, il devra être mieux compris et supporté par les populations régionales du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord. Au début, les activités de communication des gouvernements se sont avérées insuffisantes et inadéquates. Aujourd'hui, il existe heureusement des initiatives concrètes mais le temps perdu et les dérapages qui s'en sont suivis doivent toujours être rattrapés.

Depuis la signature de l’Entente de principe, un flot de réactions négatives a déferlé, comportant souvent leur part de préjugés et d’ignorance du contenu de l’Entente et de la réalité des Innus. Beaucoup de faussetés et de peurs, souvent teintées de discrimination, ont été véhiculées et entretenues, entre autres sur le statut du territoire de Nitassinan, la portée des pouvoirs des gouvernements innus et l'existence même du Peuple innu.

Ces incompréhensions ont des effets pervers sur le rapprochement qui est en train de s’effectuer entre les deux peuples. Il est important que les gouvernements, qui sont parties prenantes à cette négociation, s’assurent de bien faire connaître la réalité qui supporte une telle entente et rectifient la perception négative que peut avoir la population relativement à ce dossier. Qu'il existe des préoccupations légitimes chez certaines personnes, cela est normal et il faut pouvoir en discuter mais que des faussetés sur l'entente et sur les Innus soient véhiculées impunément, cela ne doit plus se produire.

Les diverses mesures qui sont prévues dans le Traité doivent permettre l’épanouissement politique, social, culturel et économique des Premières Nations signataires du Traité. Le milieu local et régional ne pourra cependant que s’enrichir de l’injection dans leur environnement social et économique de ressources nouvelles qui favoriseront aussi l’utilisation de leur main d’œuvre et leurs entreprises, qui valoriseront leurs expertises, qui privilégieront des formes diverses de partenariat et qui dynamiseront solidairement leur économie. Le développement de collectivités innues plus fortes et plus autonomes ne pourra que bénéficier aux initiatives conjointes de redressement de l’économie des régions et aux associations possibles
qui peuvent en découler.




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