· Introduction


Portrait historique

· Présence sur le territoire
· Histoire en résumé
· La culture des Innus

Portrait actuel

· Le territoire des réserves
· Réserve à castor
· Le système politique des conseils de bande
· Données démographiques et statistiques

Introduction


Les Premières Nations de Mamuitun mak Nutakuan regroupent trois (3) Premières Nations innues vivant au nord du fleuve St-Laurent. Les communautés d'Essipit et de Nutakuan sont sises sur la Côte-Nord et celle de Mashteuiatsh est située au Saguenay-Lac-Saint-Jean. La population totale de nos trois (3) Premières Nations s'élève à plus de 5 900 Innu(e)s

Les Premières Nations de Mashteuiatsh et de Essipit font partie du Conseil tribal Mamuitun mak Nutakuan, à qui elles ont confié le mandat de mener la négociation d'un Traité avec les gouvernements du Québec et du Canada. Quant à la Première Nation de Nutakuan, celle-ci s'est jointe aux Premières Nations de Mamuitun dans cette négociation en novembre 2000.




Portrait historique

Présence sur le territoire

Les Premières Nations innues d' Essipit, Mashteuiatsh et Nutashkuan font partie de la grande nation innue composée de neuf communautés au Québec et de deux communautés vivant au Labrador. L’ensemble de la nation innue occupe traditionnellement le vaste territoire1 compris entre la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le fleuve et le golfe du Saint-Laurent, la péninsule du Labrador et la ligne de partage des eaux2 .


La tradition orale des Innus raconte que leurs ancêtres vivaient sur leur territoire actuel depuis la nuit des temps. Les plus récentes recherches archéologiques montrent que les premiers autochtones venus du sud ont fréquenté et habité le territoire côtier à la suite du recul du glacier continental depuis près de sept à huit mille ans. Au cours des âges, les récits de tradition orale innue rapportent que l’occupation du territoire par les divers groupes innus (de culture algique) a été permanente mais conditionné par diverses confrontations avec des groupes inuit, micmacs, iroquois et autres. À l’époque du contact, certains groupes de culture iroquoienne ont occupé des sites côtiers par intermittence.

Au cours de l’histoire, les Innus ont été nommés Montagnais ou «Montagnés». Les missionnaires, les traiteurs, les explorateurs, les anthropologues et les historiens ont donné plusieurs noms aux Innus selon les lieux et les périodes : Kakouchaks, Betsiamites, Chisedecs, Papinachois, Oumamioueks, Ouchestigouecks, Tadoussaciens, Chicoutimiens, Piekouagamiens, Chomonchouanistes, Nékoubanistes, Naskapis, etc.

Durant la période préhistorique et historique, les Innus vivaient en petits groupes multifamiliaux dans chacun des bassins hydrographiques permettant la pénétration à l’intérieur des terres pour la période d’automne et d’hiver. Ces groupes revenaient au printemps et en été à l’embouchure des rivières, au bord des grands plans d’eau ou du fleuve pour y pratiquer une économie basée sur les ressources côtières. Ils se déplaçaient alors en canot sur de plus grandes distances et fréquentaient des groupes innus plus larges aux fins du commerce, des échanges, des mariages, de la mission ou des relations politiques3.

Plus récemment et tout en continuant à fréquenter leurs territoires traditionnels respectifs, les divers groupes innus se sont fixés sur des territoires de réserve au sens de la Loi sur les Indiens. Le territoire de réserve des Montagnais du Lac-Saint-Jean a été créé en 1853 à Metabetchouan et Péribonca et transféré à la Pointe-Bleue (Mashteuiatsh) en 1856, celui d’Essipit en 1892 et de Nutashkuan en 1953.

1Selon la période historique concernée, les Innus occupaient aussi le territoire décrit jusqu’à Québec (réduction de Sillery et Côte-de-Beaupré) et sur la rive sud de la région de Rivière-du-Loup (Récit du père jésuite Paul Le Jeune).

2Les Innus de Mashteuiatsh ont occupé aussi une partie du territoire de la région du grand lac Mistassini au delà de la tête des eaux, celle de Betsiamites la région de Kaniapiskau et celle de Nutashkuan, le Labrador et le bassin sud du fleuve Churchill.

3Par exemple, le rassemblement politique et militaire de Tadoussac en 1603.




Histoire en résumé

Le contact

Dès la fin du XVe siècle, baleiniers et morutiers de diverses nationalités européennes viennent sur les côtes du golfe Saint-Laurent et du Labrador exploiter à grande échelle les ressources des eaux limitrophes. De nombreux échanges sont entretenus avec les populations autochtones locales. Ainsi, en 1534, Jacques-Cartier rencontre à l’embouchure de la rivière Natashquan un groupe d’«Indiens» accompagné par le capitaine Thiennot, pêcheur d’origine européenne.

Le premier affermage de traite des fourrures sur la Côte-Nord est accordé, en 1588, à une entreprise privée appartenant à Jacques Noël et Etienne Chaton de La Jannaye par le roi de France, Henri III. Cette ferme passe ensuite aux mains de plusieurs concessionnaires privés jusqu'en 1627, date de la fondation de la Compagnie des Cent-Associés qui devient "propriétaire" de toute la Nouvelle-France et qui détient "à perpétuité" la traite et l'exclusivité du commerce des fourrures. De fait, après 15 ans, la Communauté des Habitants prend la relève jusqu'en 1645. La Compagnie des Indes occidentales lui succède ensuite jusqu'en 1674.

Dès le XVIIe siècle, les Français établissent des postes de traite le long de la Côte-Nord et au Saguenay dans des endroits stratégiques pour le contrôle du commerce avec les Innus du Domaine du Roi (Bassin versant entre le Saguenay et le Cap des Cormorans situé à l'est de la rivière Moisie).

Ainsi, des concessionnaires privés y font le commerce des fourrures de 1588 à 1627, puis la Compagnie des Cent-Associés de 1627 à 1645, ensuite la Communauté des Habitants de 1645 à 1666, la Compagnie des Indes occidentales, de 1666 à 1674, la Ferme du Domaine du Roi, de 1675 à 1697, Louis Guignes, de 1697 à 1701, la Compagnie du Canada de 1701 à 1706, la compagnie Aubert, Néret et Gayot de 1706 à 1717, la compagnie d'Occident, en 1717 et 1718, la Compagnie des Indes, de 1718 à 1732, le Ministère de la Marine, de 1732 à 1760 et de nombreux concessionnaires privés sous le régime anglais, dont la Compagnie de la Baie-d'Hudson de 1831 à 1859.

En 1661, François Bissot obtient une immense concession entre la baie de Brador et l’Ile-aux-œufs. Les héritiers continueront le commerce de Bissot. Des postes de traite sont installés en 1734 à Natashquan, Musquaro et Nabisipi. En 1821, la Compagnie de la baie d’Hudson prendra la relève du commerce des pelleteries, du saumon et du loup-marin avec des postes à Quetachou, Nabisipi, Natashquan, Kégaska et Musquaro. Les divers villages allochtones de la Moyenne-Côte-Nord seront implantés à partie de 1855. En 1859, la Compagnie de la baie d’Hudson perd son monopole d’exploitation des rivières à saumon et à partir de cette date, le gouvernement du Canada les louera à des particuliers.

La tradition orale des Innus spécifie qu’ils ont été lentement dépossédés de leurs ressources en milieu côtier et, plus tard, de leurs plus beaux sites de campement estival par l’occupation croissante des compagnies, clubs privés et colons. De nombreuses plaintes ont été expédiées à diverses époques par les bandes innues aux gouverneurs de la colonie, particulièrement en ce qui concerne la région du Lac-Saint-Jean.

Les postes de traite et la présence allochtone conditionnent dorénavant le mode de vie des Innus et amènent avec eux l'horreur des maladies épidémiques européennes qui font des ravages catastrophiques chez les Innus. En 1652, la petite vérole affecte sévèrement les Innus de la nation des Porcs-Epics (Kakouchacs) du Lac-Saint-Jean et le monopole des fourrures s'exerce de plus en plus au profit des Français qui installent des postes de traite à Tadoussac, puis à Chicoutimi, à Métabetchouan et à Nékoubau.

Les postes de traites couvrent petit à petit l'ensemble du territoire innu : le "Nitassinan".

Le commerce des pelleteries maintient l'économie de la Nouvelle-France pendant plusieurs décennies et se poursuit sur une grande échelle jusqu'au XIXe siècle. A partir du milieu du XIXe siècle, le monopole des grandes compagnies de traite disparaît pour faire place à l'économie du bois et à la colonisation des bonnes terres agricoles.

Au fur et à mesure qu'on "explore" et évangélise le territoire innu vers la Moyenne et Basse-Côte-Nord du Saint-Laurent, le terme "montagnais" est extensionné aux autres bandes innues de la côte puisqu'elles parlent toutes le même langage, avec toutefois certaines variantes de dialecte.

Le peuplement allochtone

Dès le milieu du XIXe siècle, l'exploitation forestière se développe et se concentre dans la région de la Haute-Côte-Nord à cause de la forte densité des forêts de conifères et de la proximité des centres de transformation. Un moulin à scie est construit en 1836 à Anse-à-l'Eau et Moulin-Baude, dans la région de Tadoussac. Les peuplements de pins gris du Saguenay font l'objet de convoitise et commencent à être exploités dans les années 1836-37 par la Compagnie de la Baie-d'Hudson et par Sir William Price.

En 1838, une goélette affrétée par la Société des Vingt-et-un de Charlevoix transporte 27 hommes. Ils construisent un moulin à scie près de Tadoussac, un autre en face de la rivière Sainte-Marguerite et un dernier à l'Anse-Saint-Jean. Ils développent aussi un établissement permanent dans la Baie des Ha! Ha!

En 1843, le gouvernement fait arpenter les cantons du Saguenay. De 1838 à 1843, on construit des moulins à Rivière-du-Moulin, Lac Kénogami, Rivière Shipshaw, Pikauba, Cyriac, en 1851 à la Grande-Décharge du Lac-Saint-Jean et dans le canton Métabetchouan. En 1855, c'est sur la rive des rivières Péribonca et Mistassini que s'installent d'autres moulins.

L'épopée de la coupe de bois se poursuit avec la construction de moulins à scie à Grandes-Bergeronnes et Rivière Sainte-Marguerite en 1844, à Sault-au-Cochon et Escoumins en 1845, à Portneuf en 1846, à Sault-au-Mouton en 1860.

De grandes scieries sont construites sur la rivière Bersimis en 1878, à Pentecôte en 1887 et à Manicouagan en 1899.

Les exploitations forestières sont converties pour la production de la pulpe exportée, dans les années 1908 à Clarke City, par la Gulf Pulp and Paper.

A partir de 1900, des ports d'expédition de la matière ligneuse sont construits à Godbout, Franquelin, Baie-Trinité, Shelter-Bay, Clarke-City, Forestville et Rivière-Pentecôte.

Des concessions forestières sont accordées à l'Ontario Paper en 1916, dans le bassin de la rivière aux Rochers, en 1918 dans le bassin de la rivière Franquelin et en 1923 dans le bassin de la rivière Manicouagan. Le mouvement se répéte au Lac-Saint-Jean pour la Port-Alfred Pulp and Paper en 1924, la Québec Pulp and Paper Mills Ltd en 1925, la Belgo Canadian Paper Co.Ltd. en 1925, la Price Bros and Co. Ltd. en 1926, la Mistassini Power and Paper Co. en 1926-27 et sur la Côte-Nord à la St-Lawrence Paper Mills Co. Ltd. en 1927-28.

La crise économique des années 1930 amène la fermeture de plusieurs petites scieries sur la Côte-Nord et l'ouverture de plusieurs nouveaux villages de colonisation. La route 138 est construite entre Tadoussac et Sept-Iles entre les années 1926 et 1960. L'usine de la Québec North-Shore Paper est construite à Baie-Comeau en 1936. La route 138 est prolongée jusqu’à Nutashkuan en 1999.

L’occupation préhistorique de l’ensemble du territoire par les Innus date donc de temps immémoriaux, du moment où ce territoire est habitable jusqu’à aujourd’hui. Par-delà les concessions commerciales de fermes de traite des fourrures, l’occupation allochtone du territoire à des fins d’habitation et de villages est très récente, elle commence au milieu du XIXe siècle.



La culture des Innus

Les croyances

Les Innus vénèrent la forêt génératrice de toutes les sources de vie. Les croyances innues reposent sur l'idée qu'il y aurait eu, au début des temps, des mariages entre des animaux qui possédaient une âme et avaient les mêmes facultés que les humains. Après un certain temps, les humains auraient été libérés à la condition qu'ils ne dévoilent pas les secrets de la forêt qu'ils avaient appris. Ensuite, il y eut reprise des êtres humains possédant ce savoir par les animaux en raison de leur promesse rompue. Les humains repris ne revinrent jamais et depuis ce temps, la connaissance de la forêt provient des animaux. Par la suite, la voix des animaux ne se fit entendre qu'occasionnellement lors du rituel de la tente tremblante exercé par de rares shamans.

Les mythes furent créés et racontés pour perpétuer les messages des animaux de la forêt. Afin de communiquer avec l'esprit des animaux, les Innus utilisèrent aussi le tambour, la suerie, la divination, la suspension des os et divers cultes comme celui de l'ours, du caribou, du saumon, etc.

Pour les Innus comme pour la plupart des nations de culture algique, on croyait en un pouvoir suprême, force créatrice de toutes choses. La religion évoluait autour du Grand Esprit, Tshitshe Manitu, l'Etre bon et suprême.

L'omniprésence des forces spirituelles ainsi qu'une âme propre à chaque chose et à chaque espèce, de même que la place essentielle de chacun, y compris les humains dans le cercle du cosmos, favorisaient le respect de chacun de ces éléments, l'équilibre de l'écosystème de même que la prière et la communion parfaite avec l'univers. La vieillesse passait pour un honneur et la mort menait l'esprit dans les riches régions où la maladie et la tristesse n'existaient plus. Les âmes des morts continuaient à vivre dans l'au-delà comme elles avaient vécu sur terre mais bienheureuses et bien débarrassées des soucis des vivants.

Les Innus d'aujourd'hui demeurent profondément imprégnés de la mystique traditionnelle et respectueux de l'éthique spirituelle de leurs ancêtres. La plupart sont aussi des catholiques fervents.

La tradition orale

Les Innus se transmettent oralement les récits qui racontent leurs expéditions, la vie de la famille à laquelle ils appartiennent et l'histoire de leur nation, de l'époque du nomadisme jusqu'à aujourd'hui.

Ils racontent ce qui s'est passé par des légendes et des récits mythiques qui portent le nom d"atanukan". Ils peuvent également le faire en relatant des anecdotes sur la vie quotidienne qui ont été rapportées par des témoins, c'est le "tshipatshimun".

La vie des Innus a beaucoup changé depuis une quarantaine d'années. L'école, la télévision et la radio ont contribué à transformer la société traditionnelle innue. Aujourd'hui, les parents s'efforcent de transmettre leur identité innue tout en adoptant un mode de vie différent sans renier leurs origines. Les témoignages des aînés sont essentiels au maintien de l'identité innue.

De nombreuses recherches sont faites pour conserver la science du peuple innu. Des livres, qui traitent de la médecine par les plantes, de cuisine traditionnelle, de chasse, de pêche, de trappe, ainsi que des contes et des légendes, sont publiés en français et en langue innue.

La vie traditionnelle (Innu Aitun) et l’organisation sociale

Les Innus vivaient en petits groupes familiaux ou claniques à l'intérieur des terres pendant les longs mois d'hiver. Ils se regroupaient en communautés plus larges au printemps, principalement à l'embouchure de rivières importantes ou de grands plans d'eau intérieurs. Ainsi, la période estivale favorisait l'éclosion d'une vie sociale plus intense, l'organisation de festivités et de cérémonies à caractère spirituel et religieux et se prêtait bien aux mariages inter-groupes.

La composition et la dimension des bandes ne comportaient pas de règles strictes bien que, généralement, les alliances et les liens de parenté les déterminaient. Ils pouvaient, à l'occasion des regroupements, choisir un chef sur la base du prestige d'un meneur jugé d'après ses qualités personnelles telles son habilité de chasseur, sa sagesse ou sa capacité de communiquer avec l'esprit des animaux.

Les tâches étaient "relativement" réparties selon l'appartenance à un sexe ou à l'autre. Selon les circonstances et les exigences des déplacements, hommes et femmes pouvaient réaliser les tâches des uns et des autres sans cloisonnement. Les hommes s'occupaient ordinairement de la chasse au gros gibier, de la planification des voyages et des déplacements, de la construction du campement, du troc et de la fabrication de certains outils, pièges et équipements sophistiqués comme le canot, les fûts de raquettes, les avirons, etc. Les femmes s'occupaient ordinairement de l'aménagement du campement, de la chasse, de la pêche et de la trappe près du campement, du tressage des raquettes, de la fabrication et de l'entretien des vêtements et des tentes, de la cueillette des fruits sauvages et des herbes médicinales et de l'éducation des jeunes enfants. Les femmes demeuraient plutôt au campement et prenaient soin des aînés, entretenaient le feu et la réserve de bois de chauffage. Les hommes s’éloignaient souvent à la recherche du gibier nécessaire ou pour l’inspection des lignes de trappe. Les connaissances étaient ordinairement léguées de père en fils et de mère en fille.

Les aînés sont des personnes très importantes dans les familles et dans la nation innue. Ils sont les bibliothèques vivantes de leur histoire, de leurs légendes, de leurs traditions et de leur connaissance du territoire. Ils sont informés des événements et on les consulte régulièrement sur la vie de la communauté.

Aujourd’hui, les Innus sont généralement sédentarisées dans leur collectivité locale bien que certains passent encore de longues périodes en forêt et que d’autres vivent hors des territoires de réserve ou quittent la communauté pour étudier.

La langue innue et la culture (Innu Aimun)

La langue innue tire son origine et sa vitalité du territoire ancestral habité par les Innus. Elle est encore aujourd’hui parlée par la plupart des Innus mais elle est menacée dans les communautés les plus urbanisées où cependant son maintien ou son apprentissage sont fortement valorisés.

La terre est le témoin des pensées et des actions des Innus. La terre des Innus est leur pays, elle est le Nitassinan. Les souvenirs du peuple et des ancêtres vivent dans le Nitassinan. Les Innus ont donné des noms de leur langue à tous les recoins de ce pays et ces endroits parleront toujours au peuple innu; ils lui raconteront toujours son histoire et ses légendes.

L’histoire du peuple innu racontée par les traditions orales vient de la nuit des temps. Les Innus ont toujours utilisé, occupé et protégé leur territoire traditionnel qu’ils connaissent intimement et qu’ils aiment.

La culture et le mode de vie innu ont toujours su s’adapter aux réalités nouvelles. La culture innue est originale et vivante, elle n’est pas fixe, elle évolue avec son temps et avec les événements, elle respecte les temps passés et les valeurs traditionnelles tout autant qu’elle propose l’intégration de valeurs et de technologies contemporaines.

La société innue est en transition accélérée pour réaliser son bien-être et son développement. Son défi comme celui de toute autre société est de s’adapter au «village global» et de trouver son équilibre dans un contexte interculturel et de communication planétaire. Les enjeux de son développement sont tout autant internes qu’externes.

Aujourd’hui, les Innus sont à un tournant de leur histoire. Le résultat de la négociation territoriale globale concerne le projet de société innu et il déterminera pour l’avenir la forme de relation qu’elle entretiendra avec la société québécoise.



Portrait actuel

Le territoire des réserves

Les Premières Nations innues de Mashteuiatsh, d’Essipit et de Nutashkuan sont des bandes indiennes au sens de la Loi sur les Indiens et elles occupent chacune un territoire dit de « réserve indienne ». Ce territoire est constitué de « terres mises de côté au profit et à l’usage d’une bande indienne ». Certaines de ces terres sont la propriété du gouvernement du Canada (achat, lettres patentes); certaines autres terres mises de côté sont la propriété du gouvernement du Québec (transfert de l'usufruit au gouvernement du Canada).

Le territoire de réserve de la communauté de Mashteuiatsh est situé à six kilomètres de Roberval, sur la rive ouest du lac Saint-Jean, celui d’Essipit en Haute-Côte-Nord, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, près de la baie des Escoumins, à 40 kilomètres au nord-est de Tadoussac et celui de Nutashkuan en Moyenne-Côte-Nord, à l'embouchure de la rivière Natashquan, sur le golfe du Saint-Laurent, à 336 kilomètres à l'est de Sept-Îles.

La superficie des terres réservées aux Innus est la suivante :

Mashteuiatsh : 1 522 hectares
Essipit : 87,6 hectares
Nutashkuan : 20,3 hectares

Les terres réservées relèvent de la compétence du gouvernement du Canada depuis la Loi constitutionnelle de 1867 qui prévoit à l’article 91(24) que « les Indiens et les terres réservées aux Indiens » sont de compétence fédérale.

Réserve à castor

Mis à part la Première Nation d’Essipit, les Innus du Conseil tribal Mamuitun mak Nutashkuan ont aussi un accès particulier à des réserves à castor sur lesquelles ils ont le droit exclusif de trapper ou de chasser les animaux à fourrure; ce droit est consenti par règlement du Québec, sauf dans le cas de la Réserve de Saguenay qui n’est pas exclusive aux Innus. Les réserves à castor sont des terres publiques sur lesquelles les développements, activités et affectations sont permises et que les citoyens peuvent fréquenter aux fins de chasse, de pêche et autres activités récréatives.



Le système politique des conseils de bande


L’organisation administrative de chaque bande indienne est actuellement assurée par un conseil de bande. Les pouvoirs décisionnels se situent donc légalement dans le cadre de la loi fédérale qui régit les bandes indiennes à l’échelle de chacune des communautés locales. La Loi sur les Indiens permet d’élire les dirigeants de la communauté selon les dispositions de la loi ou selon la coutume autochtone. Les quatre communautés du Conseil tribal Mamuitun mak Nutashkuan élisent leurs dirigeants selon la coutume.

Les conseils de bande jouent un rôle politique et administratif et ils sont composés d’un chef et de conseillers dont le nombre peut varier. Ainsi le conseil de bande de Mashteuiatsh compte huit (6) conseillers, celui d’Essipit trois (3) et celui de Nutashkuan cinq (5). Un conseil de bande peut créer des comités et des organismes responsables de certains aspects de la vie sociale de la communauté. Certaines communautés ont mis en place des corporations ou compagnies aux fins de leur développement social ou économique. Le conseil de bande de chaque Première Nation est l’interlocuteur privilégié auprès des instances gouvernementales aux fins de la gestion de programmes et services. Chaque conseil de bande joue aussi un rôle de représentation politique dans les organismes ou institutions régionales ou nationale, autochtone et allochtone. De plus, les Premières Nations innues se sont dotées d’organismes de services communs tel l’Institut éducatif et culturel montagnais (ICEM), la Société de communication atikamekw et montagnaise (SOCAM) et le Conseil tribal Mamuitun en matière de services techniques et professionnels, ainsi que de management. Les conseils de bande sont responsables de la dispensation de divers services sur leur territoire tels l’habitation, les infrastructures, le maintien de l’ordre, l’éducation, la santé, les services sociaux, le développement économique, etc...



Données démographiques et statistiques


s’est accrue de plus de 25% dans les derniers vingt-cinq ans et près de la moitié a moins de 25 ans. 48% de la population de Mashteuiatsh, 44% de la population d’Essipit et 74% de la population de Nutashkuan ont moins de 35 ans. Alors que la population du Québec a augmenté de 1.4% entre 1996 et 2001, celle de Nutashkuan, par exemple s’est accrue de 19.1%. Mis à part la Première nation d’Essipit dont le membership est restreint, dont le dynamisme économique est connu et qui emploie plusieurs allochtones dans ses nombreuses entreprises, les autres Premières Nations connaissent des taux de chômage très importants.

Quelques données les plus récentes sur les populations4

Mashteuiatsh (Montagnais du lac Saint-Jean)

Population totale : 4662
Population sur réserve : 1980
(hommes : 968; femmes : 1012)
Membres hors réserve : 2672

Essipit

Population totale : 384
Population sur réserve : 177
(hommes : 85; femmes : 92)
Membres hors réserve : 207

Nutashkuan

Population totale : 847
Population sur réserve : 778
(hommes : 383; femmes : 395)
Membres hors réserve : 69

Quelques données statistiques5

(1) Évolution de la population de la Première Nation entre 1975 et 2000 (25 ans):

· Mashteuiatsh : de 1663 à 4555 personnes, soit une augmentation de 63,5 %
· Essipit : de 120 à 382 personnes, soit une augmentation de 68,6 %
· Nutashkuan : de 387 à 819 personnes, soit une augmentation de 52,7 %

(2) Variation de la population sur réserve entre 1996 et 2001 (5 ans) :

· Mashteuiatsh : 7,9 %
· Essipit : 2,4 %
· Nutashkuan : 19,1 %

· Population du Québec : 1,4 %

(3) Population de la Première Nation ayant moins de 25 ans en 2000 :

· Mashteuiatsh : 34 % de la population a moins de 25 ans.
· Essipit : 27 % de la population a moins de 25 ans.
· Nutashkuan : 56 % de la population a moins de 25 ans.

(4) Population de la Première Nation vivant sur réserve en 2000 :

· Mashteuiatsh : 43 % de la population vit sur la réserve.
· Essipit : 47.6 % de la population vit sur la réserve.
· Nutashkuan : 92.7 % de la population vit sur la réserve.

(5) Age médian de la population sur réserve en 2001 :

· Mashteuiatsh : 31,2 ans
· Essipit : 34,4 ans
· Nutashkuan : 19,4 ans

· Population du Québec : 38,8 ans

(6) Pourcentage de la population sur réserve âgée de 15 ans et plus en 2001 :

· Mashteuiatsh : 72,9 %
· Essipit : 86,3 %
· Nutashkuan : 59,2 %

· Population du Québec : 82,2 %

(7) Densité de la population au kilomètre carré en 20016 :

· Mashteuiatsh : 128,3 personnes par km2 de réserve
· Essipit : 234,2 personnes par km2 de réserve
· Nutashkuan : 1171,1 personnes par km2 de réserve

· Population du Québec : 5,3 personnes par km2 de territoire

4Source : MAINC, décembre 2002 Statistique Canada, 2001
5Source : MAINC, 1975-2000 Statistique Canada, 2001
6Statistiques Canada, 2001 Statistiques Canada, 2001




 
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